Beaulieu

Le Clos Rodolphe

Dès la fin du XIIème siècle, un bourg s’est constitué tout autour des bâtiments conventuels protégés par une muraille, ponctuée de tours et bordée par un fossé : c’est ce qu’on appelle l’enclos monastique. Dotée d’un trésor de reliques (saints Prime et Félicien), et bien qu’elle souffrit de convoitises de pèlerinage. Beaulieu devint une étape essentielle sur les chemins de Saint-Jacuques unissant Limoges à Aurillac et Figeac, menant verrs Conques, Moissac, Toulouse puis Compostelle.

La ville s’enrichit et de nouveaux quartiers se construisirent autour de la muraille. Comme dans beaucoup de villes en France, la prospérité et la relative sécurité de la fin du XVIIème et du début du XVIIIème siècle amenèrent Beaulieu à détruire les murailles médiévales devenues obsolètes. L’espace laissé libre par cette démolition, en plein cœur de la cité, fut courtisé par les familles nobles et bourgeoises désireuses de s’installer au plus près de l’abbaye. Ainsi naquit le boulevard saint Rodolphe de Turenne, suivant précisément la forme circulaire du rempart. Les jardins furent réalisés sur les fossés comblés.

Notre maison y fut édifiée au XVIIIe siècle, puis devint la propriété d’une famille de notables, les Bouyssonie, qui y entreprirent des travaux de moderrnisation au début du Second Empire, comme en témoigne la date 1851 inscrite sur le garde-corps de la terrasse. Issus de cette famille, Amédée et Jean, tous deux prêtres, et leur frère Paul se firent connaître lorsque le 3 août 1908, sur la commune de La Chapelle-aux-Saints, ils découvrirent dans une grotte dite « bouffia » un squelette couché en position fœtale appartenant à la lignée des hommes de Néandertal qui ont vécu en Europe entre -100 000 et -35 000 ans. L’intérêt de cette découverte provient du fait que ce squelette était à peu près complet, assez bien conservé et surtout que les objets disposés autour de lui, vertèbres d’animal, pointes de silex, indiquaient qu’il devait s’agir d’une sépulture intentionnelle.
Le Muséum national d’histoire naturelle de Paris acheta les vestiges et les présenta à l’Académie des sciences comme une référence ostéologique pour la connaissance des hommes de l’époque moustérienne. Ils le restent encore aujourd’hui pour la communauté scientifique des paléoanthropologues.

Les origines de Beaulieu-sur-Dordogne

Beaulieu-sur-Dordogne se situe sur le parcours nord de la rivière Dordogne. Au IXe siècle, durant la période carolingienne, c’est à cet emplacement que s’établit un petit village de pêcheurs cultivateurs nommé Vellinus. Sur la rive droite, la vigne recouvrait alors les coteaux ensoleillés.

La Vicomté de Turenne

Beaulieu-sur-Dordogne est implanté au cœur de la Vicomté de Turenne. Féodalité puissante et opportuniste, tantôt vassale d’Angleterre, tantôt de France, la Vicomté sut garantir son indépendance et sa prospérité durant la période médiévale. Elle fut le berceau d’une des plus illustres familles françaises : les Turenne – Bouillon – La Tour d’Auvergne, jusqu’en 1738, date à laquelle le dernier héritier, joueur invétéré, dut la céder au roi Louis XV afin d’éponger ses dettes.

L’histoire de l’abbaye

L’histoire de l’abbaye de Beaulieu est intrinsèquement liée à l’histoire généalogique de cette prestigieuse lignée. Vassal de Charlemagne et premier de cette noble maison, Raoul (ou Rodulphe, ou Rodolphe) de Quercy, comte de Quercy et seigneur de Turenne, rendit son domaine prospère. Homme pieux, il encouragea l’une de ses filles, Immena, à fonder Sarrazac (Lot), prieuré de bénédictines. Quant à son fils ainé, également prénommé Rodolphe, il l’offrit comme oblat à l’Eglise. Rodolphe renonça dès lors à la succession de son père et opta pour la vie monastique.
En 842, Rodolphe de Turenne devint archevêque de Bourges, avec l’accord de l’Empereur Charles le Chauve, dont il était l’un des fidèles courtisans et conseillers. A ce titre, en 845, Rodolphe participa à Saint-Benoît-sur-Loire, aux négociations historiques entre Charles le Chauve et Pépin II d’Aquitaine. En 855, de passage sur ses terres natales, il fut ému par la beauté des lieux et le cours puissant de la Dordogne. Sur un bien héréditaire, il décida de fonder une abbaye dont les moines auraient à charge, entre autres, de prier pour l’âme de son père Raoul. Il fit venir une douzaine de moines de l’abbaye de Solignac -où il avait été lui-même jadis moine puis abbé- qui posèrent les premières pierres de cette abbaye nommée Beaulieu (Bellus Locus), du fait de sa situation particulièrement plaisante.
Sous la direction de son premier abbé, Gairulphe de Solignac, le monastère commença à s’organiser et bientôt la première église, dédiée à Saint-Pierre, fut construite. Autour du monastère se regroupèrent bien vite auberges d’accueil pour les pèlerins, commerces et ateliers d’artisanat, qui donnèrent naissance à la ville de Beaulieu. Jusqu’à la fin de sa vie, Rodolphe s’employa à réformer le clergé, en rédigeant notamment une Instruction pastorale, réaffirmant ainsi les anciens canons dont l’observance était devenue très approximative. Le Pape Nicolas 1er reconnut d’ailleurs son influence spirituelle, qui lui donna le titre de primat des Aquitaines et des Narbonnaises et celui de patriarche, dans une lettre datée de 864. Rodolphe mourut à Bourges en 866. Il fut canonisé.

Le site clunisien

Ainsi, à la fin du XIe siècle, le monastère de Beaulieu devint-il l’un des 1500 édifices contrôlés par la puissante abbaye de Cluny. www.sitesclunisiens.org
La prospérité grandissante de l’abbaye et les nombreuses richesses accumulées attirèrent bien des convoitises au fil des siècles. En 1076, l’abbaye fut une première fois soumise à la puissante abbaye de Cluny, sans succès cependant. En 1095, le pape Urbain II intervint à nouveau. L’abbaye fut alors placée sous le gouvernement de l’abbé Géraud II, issu de Cluny. Beaulieu connaîtra alors un renouveau et une période de fort épanouissement.

Le portail de Beaulieu

Le portail sud de l’église de Beaulieu s’inscrit dans l’histoire du début du XIIe siècle, période à laquelle les œuvres des premiers Pères de l’Eglise, singulièrement Grégoire le Grand, trouvèrent un regain d’intérêt. L’abbé Géraud, venu de Cluny, sut réformer son abbaye en profondeur. Il avait en effet à sa disposition les sources exégétiques nécessaires à la conception du programme iconographique du portail, chef-d’œuvre incomparable de la sculpture romane. Ouvrant sur la place centrale du bourg où se tenait le marché, son décor tranche avec la simplicité des entrées réservées aux moines. Destiné donc principalement à être vu par les laïcs, le portail présente une iconographie édifiante : les vices qui menacent le fidèle, les tentations du Christ, la victoire de Daniel et du Christ sur Satan. Le tympan présente quant à lui la Seconde Parousie, c’est-à-dire le retour glorieux de Jésus-Christ parmi les hommes à la fin des temps bibliques dans le but d’établir définitivement le Royaume de Dieu sur la terre, telle qu’elle est décrite par Matthieu (24-25).

La suite de l’histoire

Au début du XIIIe siècle, l’abbaye n’était déjà plus sous la tutelle clunisienne. D’incessants conflits entre l’administration civile de Beaulieu et le pouvoir abbatial devinrent de plus en plus fréquents. Peu à peu, le monastère perdit de sa puissance. La grande peste de 1350 ravagea la région et décima le monastère. Puis arrivèrent ensuite les Guerres de Religion. Les idées de la Réforme se propagèrent par le biais des marchands et des gabariers de la Dordogne. La guerre civile entre les catholiques et les protestants épuisa la cité de Beaulieu. A deux reprises, la ville et le monastère furent pillés par les troupes de l’amiral de Coligny. L’église devint temple protestant. En 1575, on décida de construire une halle communale devant le portail sud de l’église, obturant ainsi opportunément le tympan pour deux siècles. Au début du XVIIe siècle, la Ligue catholique reprit l’abbaye. De grands travaux de restauration furent entrepris par la congrégation des bénédictins de Saint-Maur qui occupait désormais les lieux.
L’église fut alors agrémentée d’un chancel en noyer et de deux magnifiques retables dorés à la feuille d’or. La ville, à nouveau florissante, érigea ses demeures cossues, notamment à l’emplacement de la muraille médiévale que l’on venait de détruire (boulevard saint Rodolphe de Turenne). Soustrait aux regards par les Huguenots au XVIe siècle, le magnifique tympan fut épargné par les exactions révolutionnaires. La Révolution supprima en effet les Ordres Religieux et l’abbé Dom Antoine Chevreux, ainsi qu’un bon nombre de ses moines, moururent sur l’échafaud. L’abbaye ferma et les bâtiments conventuels furent déclarés « bien nationaux », démolis et vendus comme pierres à bâtir. Par chance, l’église, et donc son portail sud, fut épargnée. Lorsque le culte catholique fut rétabli en 1801, l’abbatiale devint l’église paroissiale. Elle a été classée Monument Historique en 1843 par Prosper Mérimée.
Clos Rodolphe Chambres d’hôtes 14 rue Sainte-Catherine 19120 Beaulieu-sur-Dordogne thierry@closrodolphe.fr +33 (0)6 83 38 03 68